L’atelier
Florence Russo, Tisserande-couturière et formatrice en tissage artisanal
Je vous raconte ici comment je suis devenue tisserande, pourquoi j’ai choisi de faire du vêtement mon territoire d’expression, les matières qui nourrissent mon travail, mon goût pour la transmission. Tout se passe dans mon atelier, dans la Loire, dans les contreforts du Massif Central.

Je pratique un savoir-faire ancestral que j’essaie de transporter au présent dans mes créations.
Après trois années en écoles d’art puis une maîtrise en arts du spectacle option théâtre, j’ai travaillé pendant plusieurs années dans la création artistique et l’accompagnement à la création.
Puis un jour, je suis allée vivre à la campagne, dans un village.
J’ai souhaité revenir au plus près de ce qui m’anime dans la création : le geste de la main.
J’ai alors rencontré une tisserande. J’ai commencé par un stage de quelques jours, puis suivi une formation d’un an pendant laquelle j’ai tissé de nombreux échantillons.
C’est ainsi qu’en 2011 est né l’Atelier va et vient.
Depuis, je conçois et réalise des vêtements, des accessoires et des pièces textiles tissées. Pour cela, j’ai suivi d’autres apprentissages : création de collections, couleurs, couture, patronage et gradation.
Je suis aujourd’hui tisserande à temps complet. C’est l’activité qui me fait vivre.
Du fil au vêtement
J’imagine la pièce, crée le textile qui lui donnera vie, tisse la matière puis la confectionne. Cette continuité entre toutes les étapes de création est rare aujourd’hui. Elle me permet de développer une approche très personnelle et complète du vêtement, que l’on pourrait rapprocher de la notion de vêtement d’auteur.
Trois façons d’explorer le tissage

Le vêtement est aujourd’hui le cœur de mon travail. J’aime créer des pièces pensées pour être portées au quotidien : des vêtements à la fois beaux, confortables et durables. Réalisés en collections limitées, ils me permettent d’explorer la rencontre entre le tissage, la forme et l’usage.
Les écharpes et les étoles occupent une place différente. Elles me permettent d’expérimenter plus librement les couleurs, les graphismes et les textures. Plus spontanées qu’un vêtement, elles donnent naissance à des pièces uniques guidées par une émotion ou une intuition du moment.


Avec les plaids et les tableaux tissés, je quitte le vêtement pour entrer dans l’univers de la maison. Ce sont des créations qui se veulent d’emblée artistiques : de grands tableaux où j’écris une sensation, j’expérimente une tension, je mets en relation des textures.
Les gestes que j’utilise pour tisser les plaids et les tableaux sont souvent différents de ceux qui rythment la création des tissages pour mes vêtements. Chaque pièce tissée porte une temporalité, une sensation, une présence. C’est la poésie des choses matérielles…
Une esthétique de l’épure
Je crée des vêtements confortables, sobres et durables.
Ma démarche consiste à enlever tout ce qui est en trop pour ne garder que l’essentiel. Quand la matière est belle et le tissu de qualité, une coupe simple suffit. J’aime aller au plus loin dans la simplicité de la forme et au plus près des textures.
J’allie dans mes créations l’élégance contemporaine et le savoir-faire traditionnel du tissage à bras. Inspirée par les paysages qui m’entourent, les lumières, les couleurs et les matières nourrissent mon travail avec un souci constant de justesse.
Je conçois des vêtements pensés pour être portés longtemps.
Je me concentre sur la création de silhouettes qui mettent en valeur toutes les femmes, quels que soient leur âge ou leur morphologie, dans une appréciation moderne et hautement portable de la beauté en quête de bien-être.
Créer avec des fibres naturelles

Depuis mes débuts en tissage, j’ai choisi de travailler des fibres naturelles que j’achète au plus près, auprès de filatures françaises et européennes ou directement auprès d’éleveurs.
Elles représentent pour moi la qualité, le bien-être du corps qui les porte et le respect de la planète.
La laine occupe une place particulière dans mon travail. J’aime sa douceur, sa chaleur, sa texture et sa capacité à prendre soin de nous. Confortable, respirante et renouvelable, c’est mon matériau de prédilection.
J’apprécie également le lin, dont la culture est peu gourmande en eau et qui offre une matière légère, respirante et agréable à porter.
Comme les peintres choisissent leurs couleurs, j’ai choisi mes matières en fonction de ce que je souhaite créer : des vêtements durables, confortables et élégants, pensés pour accompagner le quotidien.
Transmettre le tissage artisanal
Avant de devenir tisserande, j’ai longtemps accompagné à la création des enfants et des adultes en arts plastiques et en théâtre.
Après mes études en écoles d’art, j’ai obtenu un BPJEPS puis une maîtrise en arts du spectacle. J’ai construit et animé de nombreux projets culturels en accordant une grande importance à la pédagogie.
J’ai beau avoir un profil artistique, j’apprécie ce qui est structuré et logique.
Le tissage est un métier d’art rare, classé en voie de disparition par l’UNESCO.
Proposer des stages de tissage est devenu une évidence dès que j’ai eu un atelier assez grand pour le partager.
J’aime transmettre les grands principes du tissage, mais aussi toutes ces petites choses que seule la pratique permet d’apprendre au fil du temps.

Un atelier pensé pour le tissage
Lorsque j’ai décidé de construire mon atelier, je l’ai pensé durant une année.
Je l’ai entièrement imaginé pour le tissage.
Ses grandes fenêtres font entrer la nature et la lumière dans l’espace intérieur. Sa structure en ossature bois avec une isolation terre-paille répond à mes exigences de construction écologique et de recherche de bien-être.
À l’intérieur, les murs en terre sont chaleureux et apaisants. On s’y sent tellement bien que le temps semble suspendu.
Les espaces de couture, de lecture, de tissage et le showroom se côtoient sans séparation.
Dehors, il y a les arbres, les oiseaux, le jardin et les paysages de moyenne montagne de la Loire.
Comme le tissage, ce lieu invite à prendre le temps, à être à l’écoute de ses ressentis et à se recentrer.
Je ne pouvais qu’avoir envie de le partager avec vous.